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EMILY KAMUANGA, AVOCATE D’ORIGINE CONGOLAISE

Je vais commencer par vous tracer mon parcours d’avant mon arrivée ici à Toronto afin que vous puissiez savoir quelles études j’ai faites et quelles expériences professionnelles j’ai acquises, ensuite je vais vous parler des démarches que j’ai amorcées dès mon arrivée afin de m’intégrer dans la nouvelle société et surtout d’être éligible sur le marché de l’emploi et je terminerai par vous dire quelles difficultés j’ai rencontrées dans cette démarche et compte tenu de cela, qu’est-ce que je souhaiterais que le Gouvernement fasse pour alléger la tâche à tous les intellectuels.

Parcours

Je m’appelle Emily Kamuanga pour ceux d’entre vous qui ne connaissez pas mon nom. Après avoir décroché mon diplôme d’Etat des humanités littéraires, j’ai poursuivi mes études à l’Université de Kinshasa située en République Démocratique du Congo où j’ai pu terminer en Droit. Je suis donc détentrice d’un diplôme de licence en Droit, J’ai choisi l’option Droit Privé et Judiciaire et plus précisément le Droit de la famille.

Il est de coutume que tout étudiant (du moins dans mon pays), puisse effectuer un stage professionnel à la fin de chaque cycle ; ce stage peut s’effectuer dans des tribunaux, des cabinets d’avocats ou des Entreprises publiques comme privées. Pour ma part, j’ai eu à le faire dans un Tribunal de Paix où j’ai travaillé dans ses différents secteurs qui sont le secrétariat, les bureaux du greffier titulaire, pénal, civil et celui d’exécution et enfin le bureau du Juge. J’ai acquis une grande expérience en ce qui concerne le fonctionnement même du Tribunal, la réception et le dispatching des courriers, la rédaction des assignations, des procès verbaux, des jugements, la médiation ou conciliation entre les parties en matière civile etc.

Lorsque j’ai terminé mes études en Droit, j’ai été d’abord embauchée comme caissière dans une grande banque du pays, la Banque de Commerce et de Développement. J’espérai y devenir un jour conseillère juridique, cela n’a pas abouti néanmoins je ne regrette pas du tout mon passage là-bas car j’ai appris toutes les bonnes règles du service à la clientèle et comment fonctionne une banque.

Quelques temps plus tard, j’ai été embauchée comme analyste juridique à la fonction publique. Je fais office d’assistante du conseiller juridique. Le travail était presque similaire à celui que j’effectuais au Tribunal, je devais analyser des situations ou des problèmes en matière de Droit du travail, Droit civil etc. Je devais émettre mes avis et considérations par rapport à ce que dit la loi. C’est vraiment une belle expérience que j’ai acquise, j’ai eu à entendre les parties en conflit, à détecter quel est le vrai problème juridique qui se posait et sur quelle base il fallait me pencher pour le résoudre, assurer la médiation, réfléchir sur diverses situations qui peuvent troubler l’ordre public ainsi établi et proposer des solutions, représenter le cabinet à des réunions et en rendre compte etc. C’est mon voyage pour Toronto qui m’a fait arrêter ce travail.

Démarches amorcées une fois à Toronto

Dès que je suis arrivée dans cette ville, j’ai voulu poursuivre mon travail comme étant conseillère juridique ou juge.
Sachant que je suis d’expression française dans une ville anglophone, j’ai vite cherché à savoir ce qu’il fallait faire pour m’intégrer dans la nouvelle société. Pour ce faire, je suis allée au Centre francophone de Toronto qui est un centre multiservices qui fournit des renseignements, assure l’orientation et l’appui à la population francophone de Toronto aux niveaux culturel, social et économique. J’y ai rencontre la conseillère en emploi, Madame Anne Josée Roy qui m’a suggéré de suivre un atelier qu’elle organisait sur l’orientation de carrière. C’est ce que j’ai fait et c’est un atelier qui m’a fait découvrir mes compétences et partant, quel genre de travail je réussirai le mieux. Elle m’a ensuite suggéré de suivre soit le programme Elan avec Tatiana du Centre Oasis, soit le programme Prendre racines au Canada avec S.O.S femmes afin de m’imprégner des réalités du marché de l’emploi à Toronto. J’ai donc suivi le premier programme comme c’est celui qui était organisé le premier et là, j’ai su ce que recherche l’employeur canadien, comment doit être rédigé le résumé, comment se passe les interviews, quelle tenue il faut mettre, comment rédiger la lettre de présentation…
De ce qui précède j’ai compris qu’il fallait me munir de tous les atouts à mon avantage pour décrocher un bon emploi, c’est pourquoi je me suis mise à apprendre l’anglais au Costi pour améliorer celui que je connaissais déjà et j’ai suivi un cours de Microsoft Office au Skills for Change où j’ai perfectionné le Microsoft Word, appris l’Excel , le Power point et un peu de publisher.
Vient alors la problématique de l’expérience canadienne. Il faut acquérir l’expérience canadienne tant exigée des employeurs ! Comme mon objectif était de trouver de l’emploi dans le domaine juridique, je me suis mise à chercher un tribunal, un cabinet d’avocat ou même une entreprise dans laquelle je pouvais effectuer du bénévolat afin d’y acquérir de l’expérience canadienne. J’ai pensé qu’il me sera plus facile si je contactais les juristes d’expression française de l’Ontario qui sont regroupés au sein de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario ; hélas jusqu'à présent cela n’est possible. J’ai compris que cette profession libérale accuse d’un protectionnisme à outrance, elle n’est pas ouverte à ceux qui n’ont pas des diplômes canadiens. Ce qui revient à dire que si l’on veut vraiment exercer comme avocat ou conseiller juridique dans ce pays, il faut y refaire les études. Ceci m’amène à parler des difficultés rencontrées :

I. Difficultés

  1. Le bénévolat auquel j’accède ne correspond pas à mes objectifs de carrière, ce qui fait que je ne sais acquérir l’expérience canadienne dans le domaine voulu alors que cette dernière est impérativement requise ;
  2. Le fait que ni mes connaissances ni mes expériences acquises dans mon pays ne sont pratiquement pas reconnues ;
  3. L’exigence pour moi de faire l’équivalence des diplômes et de reprendre les cours sur deux années d’études. L’exigence de la reprise des cours au Canada provient du fait qu’ils estiment qu’il faut connaître les réalités du pays dans lequel on s’établit surtout lorsque, comme c’est le cas pour moi, qui ai évolué dans un système de Droit différent qui est celui de la famille romanogermanique dans laquelle l’outil de base c’est le code Napoléon alors qu’ici c’est le système anglo-saxon (Common Law) qui est étudié . Cette exigence est tout à fait justifiée cependant pour certains services tels que ceux des commis des services judiciaires qui offrent des services de soutien dans les tribunaux comme appeler de la cour, préparer le rôle des causes et garder les pièces à conviction, point n’est besoin que l’on reprenne les études. Car, les compétences fondamentales qui leur sont exigées sont notamment la lecture des textes, l’utilisation des documents, la communication verbale et la planification et organisation du travail. Je pense que pour cela juste une petite formation suffit pourtant l’accès n’est pas disponible;
  4. La connaissance de la langue anglaise qui freine mes ambitions. Il est vrai que je suis obligée d’apprendre l’anglais comme deuxième langue mais je suppose que le niveau d’anglais que j’ai me permet de communiquer et de me faire comprendre tant soit peu. Malheureusement l’employeur est souvent trop exigent et me demande de parler comme un canadien. Pour la petite histoire, j’ai été un jour cherché un emploi comme customer service et l’interviewer m’a crûment avoué que mon accent découragerait les clients potentiels de l’entreprise. Il a sans nul doute oublié que c’est moi qu’il décourageait en premier. Ceci m’amène aux suggestions suivantes :

Par conséquent, le conflit entre les générations devient plus grave dans les familles immigrantes Cette complexité de facteurs fait que les mères immigrantes se sentent frustrées isolées sur le plan personnel et familial cette frustration se manifeste et se transmet chez les enfants.

On ne peut pas nier le fait la société canadienne et le gouvernement du Canada ont crée des organismes pour aider les immigrants, mais, il reste beaucoup plus à faire pour pouvoir aider les mères immigrantes à sortir de cette isolation à se sentir capables de s’intégrer dans la nouvelle réalité tout en apportant les expériences accumulées dans leur pays d’origine, à se sentir utiles et sûres des effets de leur activité éducative envers leurs enfants.

2.Femme immigrante professionnelle

Comme toutes les femmes immigrantes mères qui en ont des aspirations professionnelles je suis en train de connaître le chemin difficile, Presque impossible de l’intégration professionnelle au Canada. Malgré le fait que la société canadienne est ouverte, moderne et démocratique, malgré les mouvements féministes les programmes et la propagande en faveur des femmes et des mères, il existe beaucoup d’obstacles par conséquent elles n’arrivent pas à réaliser complètement leur potentiel. Les acquis dans le pays d’origine ne sont pas reconnus au Canada malgré l’expérience pertinente dans le pays d’origine et les diplômes. Malgré le fait qu j’ai travaillé dans les milieux universitaires et j’ai beaucoup contribué à la restructuration de l’enseignement en Albanie en collaboration avec d’autres partenaires européens il a été presque impossible pour moi de m’intégrer professionnellement au Canada. Et pourtant j’ai fait beaucoup d’efforts à connaître la spécificité du marché canadien de travail, à bien connaître la réalité et mes compétences transférables pour pouvoir m’adapter. Pendant cette année d’intégration et d’adaptation j’ai aussi fait une analyse de la situation. Cela est du au fait qu’il existe beaucoup de facteurs qu’on peut grouper en:

Subjectifs et objectifs

Dans les conditions de la femme immigrante les facteurs objectifs influent beaucoup les facteurs subjectifs. Il est important d’analyser les facteurs qui font un obstacle presque insurmontable vers le marché de travail pour les femmes professionnelles tells que:

  • L’expérience canadienne la quelle ne sera jamais acquise si on n’est pas embauché dans un poste de travail relié avec la profession.
  • Reconnaissance des acquis et des diplômes et adhésion dans les organismes et les associations professionnelles ce qui prend beaucoup de temps et devient presque impossible avec l’infinité de documents exigés des institutions (des universités, des places de travail, etc.) du pays d’origine.
  • Manque de l’information appropriée dès le moment de l’arrivée au Canada
  • Manque de professionnalisme, passivité et présence du formalisme au milieu des organismes responsables qui desservent les immigrants et les femmes immigrantes
  • Manque de collaboration entre les organismes
  • Manque du support approprié pour les organismes communautaires malgré la politique multiculturelle.
  • Présence d’un esprit traditionnel et manque de flexibilité dans l’approche envers l’employabilité des immigrants
  • L’intégration se considère comme un processus unilatéral qui comprend seulement un sens, celui de l’intégration et de l’adaptation des immigrants à la réalité canadienne, alors qu’il est indispensable de développer aussi l’autre sens celui de la connaissance plus profonde de la réalité à la quelle les immigrants appartiennent.

Recommandations

  • Il est très important de faire une recherche générale sur l’intégration des femmes professionnelles au marché canadien de travail
  • Etre plus ouvert, flexible et inclusive envers les diplômes obtenus à l’extérieur du Canada
  • Améliorer les politiques d’insertion au travail et d’intégration au Canada professionnel.
  • Les communautés des minorités raciales et ethnoculturelles doivent être plus compétentes dans les services offerts femmes pour l’intégration au Canada professionnel.
  • Donner une importance cruciale à l’organisation et l’offre de l’information pour qu’elle soit accessible, claire et à la portée de tous ce qui ont besoin dès l’arrivée au Canada

II. Suggestions

Je souhaite que le gouvernement encourage toutes les initiatives visant à créer des structures en vue d’encadrer les intellectuels comme c’est le cas du Réseau de Chercheures Africaines grâce auquel j’ai eu l’opportunité de m’exprimer devant vous ce jour, cela y va de même de la croissance économique et sociale de la ville de Toronto et du Canada tout entier ; Qu’il y ait des meilleurs services de reconnaissances des diplômes non- canadiens ; Que l’expérience de travail acquise en dehors du Canada soit prise en compte et qu’on exige que le bénévolat soit fait dans le domaine du demandeur et que la tache lui soit facilitée pour qu’il y accède.