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Laure Madèle Ghenkam Tchomgui, avocate d’origine camerounaise

La Problématique de l’employabilité Des Femmes Des Minorités Raciales Et Ethnoculturelles.

Quand nous sommes dans notre pays d‘origine le mot Canada nous fait rêver. Ça semble être l'entrée du paradis ! Mais une fois ici, après plusieurs entrevues et s’être heurté à des portes closes. Les beaux rêves s’écroulent Lorsqu'on arrive on est très enthousiaste et on a une grande envie de s'intégrer le plutôt possible à la société canadienne et cette intégration passe par notre intégration économique. C’est la base de tout. Je veux dire qu’on doit pouvoir s’épanouir sur le plan professionnel et avoir notre indépendance économique parce que comme le disait Gisèle Halimi. "C’est de la dépendance économique que toutes les autres dépendances prennent leur source"

L'objectif de cet atelier est celui d’énumérer les problèmes que nous rencontrons dans notre processus d'intégration au monde du travail ontarien? Et de proposer des ébauches de solution.

Qu’on soit réfugiée politique, parrainée ou immigrante indépendante, le défi de l’emploi est particulièrement aigu et semble impossible à relever. On a pourtant le potentiel pour faire la différence dans la société, grâce à nos talents, notre travail, notre déduction, notre courage, notre caractère décisif et notre engagement. Seulement il faut qu’on nous donne la possibilité de montrer de quoi nous sommes capables, ce que nous savons faire. Nous devons avoir l’opportunité de participer à la construction de ce pays exceptionnel que nous avons choisi .

Les principales embûches qui parsèment notre recherche d'emploi sont les suivantes:

  • le choc culturel
  • les difficultés linguistiques
  • l’isolement
  • le manque de formation adéquate
  • les préjugés qui entraînent la non équité de l’emploi
  • la discrimination
  • la valeur accordée aux diplômes obtenus dehors du Canada
  • les procédures d’embauche
  • le manque d’expérience canadienne etc.

Ces difficultés semblent insurmontables lorsqu’on s’oriente vers des professions intellectuelles comme l’Enseignement, la Médecine, le Droit, l’Ingénierie et j’en passe... L’absence des femmes des minorités raciales et ethnoculturelles dans ces domaines qui constituent le "haut de gamme" si vous me permettez l’expression est frappante

Certains conseillers à l’orientation professionnelle que nous rencontrons s’emploient systématiquement à nous décourager lorsqu’on montre un intérêt pour ces professions là. On est généralement confiné au ghetto d'emplois ( sans vouloir offenser personne) tels: le nettoyage dans les hôtels, les restaurants, les hôpitaux, la vente et autres industries. Ceux-ci étant des emplois avec des possibilités très limitées d’avancement ou de promotion. Chacune doit avoir la possibilité de performer dans le domaine de son choix.

Alors je me demande pourquoi? Est-ce parce qu’on ne s’y intéresse pas? Est-ce parce qu'on n’a pas des capacités requises ou alors sommes-nous tout simplement victimes d’un système?

Que faut-il faire? Retourner au pays? On n’y pense même pas car personne ne veut rentrer au pays avec l’étiquette de perdante sur le front. Il faut absolument développer des stratégies pour surmonter les difficultés rencontrées parce voyez-vous? Nous devons survive à ces pratiques discriminatoires. L’ampleur des difficultés que nous rencontrons ne doit pas nous effrayer. Une réflexion en profondeur qui tienne compte de nos réalités concrètes et de notre contexte global s’impose.

Je vais commencer par énumérer

  • les difficultés que nous devons surmonter par nous même à savoir: le choc culturel, les difficultés linguistiques, l'isolement, le manque de formation adéquate et ensuite
  • les difficultés que les autorités compétentes doivent nous aide à surmonter à savoir: la non équité de l'emploi, la discrimination, la valeur accordée aux diplômes obtenus en dehors du Canada, les procédures d'embauche (le recrutement, la description des tâches, l'entrevue, le manque d'expérience canadienne).

I ) Les Difficultés que nous devons surmonter par nos propres moyens.
Le choc culturel

Il se manifeste par les différences énormes qui existent entre le monde occidental et les pays ( sous développés ou encore en voie de développement appelez ça comme vous voulez) d'où nous venons. La culture, les moeurs, les modes de vie et de travail sont très différents des nôtres.

* Sur le plan de la vie de tous les jours c'est un grand chamboulement de nos habitudes, de nos valeurs

Prenons par exemple au niveau du mode de travail notre bas niveau en informatique est un grand handicap pour nous, lorsque nous arrivons c’est à peine si nous savons toutes utiliser un téléphone, envoyer un fax, naviguer sur Internet ou utiliser les softwares comme Word, Excel, Powerpoint pour ne citer que ceux-ci. L’ordinateur étant jusqu’à nos jours un luxe que très peu de familles chez nous peuvent se permettre. On se retrouve dans une société hyper technologique très compétitive où pour prétendre au moindre emploi il faut avoir des connaissances informatiques solides. Les connaissances informatiques font partie des standards. Ce retard technologique est très frustrant et constitue une véritable entorse à notre curriculum vitae.

Solution: L’apprentissage de la langue anglaise doit être une priorité absolue lorsqu’on arrive au canada et que l’on décide de s’installer en Ontario. Avant de se lancer à la recherche de l’emploi il faut se donner une bonne base en anglais sans laquelle on ne peut aspirer à un emploi de bon niveau. Il y a de nombreux centres à travers la province qui ont été créés pour nous aider dans ce sens.

Les employeurs doivent être un peu plus tolérants avec les francophones sinon on se retrouvera tous à vivre sur les dos du gouvernement pendant deux ou trois ans le temps de se construire une bonne base en anglais alors qu’on peut être productif après quelques mois.

L’isolement:
Très souvent quand on arrive on ne connaît personne on se retrouve toute seule dans ce pays si lointain et si différent de notre pays d’origine on est complètement désorienté et on ne sait pas à qui s’adresser. Cet isolement a plusieurs explications. Il est le résultat du fait qu’on ne peut pas s’exprimer en anglais, de la loi du silence qui règne dans les rangs des immigrantes ce qui les isole et coupe tout contact avec le monde extérieur, du statut précaire de certaines qui craignent les représailles là où il n'y en a pas. Nous savons toutes que l’isolement contribue à l’exploitation dont les immigrantes sont parfois l’objet.

Solution: Une femme seule ne peut pas faire grand-chose, nous devons nous regrouper et nous organiser, pour imprimer de nouvelles orientations à cette société en proposant des solutions nouvelles à tous les paliers de gouvernement.

Nous devons aussi avoir nos propres réseaux d’information et d'entraide qui nous serviront de point de repère parce qu'au-delà des différences on a intérêt à se parler, à discuter, à agir ensemble pour améliorer les choses. Nos rencontres pourraient aussi nous aider à parler de nos expériences, échanger les informations Parce que parfois il y a des ressources disponibles mais on n’est même pas au courant de leur existence, etc.

Le manque de formation adéquate:

L’absence d’éducation et de formation contribuent à notre vulnérabilité et à notre exploitation. L’éducation et la formation sont d’une importance capitale dans le processus d’intégration des femmes qui arrivent souvent avec des connaissances théoriques acquises à l’école mais pas pratiques. La formation doit être spécifique, adaptée à la demande du marché parce que comme dirait quelqu’un il y a des milliers d’emplois intéressants au Canada, mais il manque de personnes formées et qualifiées pour les occuper. Dans ce pays l’éducation étant accessible à tous* il faut en tirer profit. Il faut davantage être prêt à apprendre un nouveaux métier, à se recycler à adapter sa formation au besoin du marché de l’emploi. Si on veut faire des études, il vaut mieux choisir les voies les plus prometteuses.

* * Les programmes de formation professionnelle ne sont pas toujours adaptés à la réalité psychologique et matérielle de la vie de femme. Par exemple pour une femme suivre des cours de 4h à 7h au moment où les enfants reviennent de l’école c’est difficile en plus les services de garde sont très rares en soirée.

Solution: Les programmes de formation doivent tenir compte des besoins spécifiques des femmes au niveau de la langue et des connaissances acquises dans leur pays d'origine dans l’élaboration de leurs emplois de temps et dans la mesure du possible avoir des garderies sur place. L'intégration au marché de l'emploi passe par le biais d'une formation de qualité dans des programmes d'insertion au marché du travail.

II ) Les difficultés que les autorités compétentes doivent nous aider à surmonter.
La non équité de l’emploi:

Le besoin d’équité d’emploi pour nous est de plus en plus évident. L’équité de l’emploi veut que tous les individus soient traités avec impartialité par les potentiels employeurs pour que chacun ait plein accès aux opportunités d’emploi. Il faut corriger les politiques et les pratiques discriminatoires qui constituent des barrières pour nous. Plusieurs études et rapports montrent que nous sommes défavorisées comparativement au groupe majoritaire (blancs anglophones). Le taux de désoccupation est très élevé parmi nous bien que notre niveau d’instruction et notre expérience soient comparables. Pourtant le milieu du travail devrait être le reflet de la diversité raciale et culturelle de la population et il doit y avoir égalité de représentation à tous les niveaux d’emploi. Plusieurs parmi nous possèdent des diplômes ou certificats de niveau post- secondaire toutefois ont moins de chance de trouver un emploi dans le domaine de leur choix.

Solution: L’équité de l’emploi étant un bon moyen d’assimilation en milieu de travail. Il faut encourager les initiatives de promotion de l’équité de l’emploi pour les femmes des minorités raciales et ethnoculturelles.

La discrimination

Nous sommes victimes d’une triple discrimination raciale, sexuelle et linguistique. Les attitudes qui constituent des obstacles sont souvent inconscientes et profondément enracinées. Les employeurs ont tendance à faire de bons ou de mauvais jugements sur nous selon leurs valeurs et expériences culturelles. Il faut lutter contre les stéréotypes. Penser par exemple qu’une femme d’une certaine couleur ne peut occuper un poste de direction ou de supervision parce qu’il lui manque un atout particulier est une façon de penser stéréotypée. Par conséquent ils se font une idée positive ou négative d’un groupe de gens et cette idée a le pouvoir d’influencer leurs prises de décision et entraîne des comportements qui deviennent discriminatoires lorsqu’ils refusent un emploi à quelqu’un pour des motifs qui ne sont pas liés à ses capacités.

Solution: Contrer la discrimination doit être une priorité. Il faut donc sensibiliser les employeurs sur ce triste phénomène. La diversité raciale de la population canadienne doit être considérée comme un atout, une richesse et non pas comme un problème. De la diversité on peut tirer de gros avantages parce que nul n’a le monopole du savoir et ensemble on est plus fort.

La valeur accordée aux diplômes obtenus en dehors du Canada
Les femmes qui arrivent de nos jours au Canada sont en grande majorité des diplômées. Même si dans son pays d‘origine, on avait les qualifications, l’expérience et les diplômes, lorsqu'on va faire l’équivalence de nos diplômes le constat est amer. Ils sont dévalués, méconnus et même inutilisables. La reconnaissance partielle ou pire encore la non reconnaissance du diplôme obtenu dans la pays d’origine est généralement motivée par le fait qu‘ils ne répondent pas aux standards canadiens. Le paradoxe est qu’on a été accepté comme immigrante au Canada en partie parce qu’ayant ce diplôme là. Comment expliquer la non- reconnaissance des mêmes diplômes une fois arrivé ici?

Solution: Il faut avoir moins de complaisance devant les diplômes obtenus ailleurs qu’au Canada parce qu’ils ne soient pas forcément moins bons que ceux canadiens bien au contraire.

Les procédures d’embauche ( le recrutement, la description des tâches, l'entrevue, le manque d'expérience canadienne)en elles-mêmes peuvent constituer un obstacle dans la recherche d’un emploi.

Le recrutement
Le bouche à oreille est un des modes de recrutement que l’on utilise le plus ici. Si on recrute le personnel de façon interne ou de bouche à oreille, la main-d’œuvre qui ne reflète pas la diversité raciale et culturelle ne fera que se perpétuer. Les entreprises doivent laisser savoir au personnel que les demandes d’emploi des femmes des minorités raciales et ethnoculturelles sont aussi les bienvenues et qu’il faut les encourager à se présenter quand il y a des emplois vacants.

Solution: Les annonces publiées dans les journaux ethniques et au moyen de campagne d’information visant les organismes ethno-communautaires qui forment et aident ces femmes à trouver des emplois sont plus efficaces.

La description des tâches

On peut se servir des descriptions de tâches et des exigences de l’emploi pour nous exclure

* Tenez par exemple dans une annonce pour une opératrice de machine certains employeurs exigent une excellente connaissance de l’anglais ou de bonnes aptitudes en communication bien que cela ne soit pas vraiment nécessaire pour accomplir ce genre de travail qui est généralement un travail de routine qui ne requiert pas de conversation à longueur de journée.

L’entrevue

Lorsqu'on va passer une entrevue la personne en face de laquelle on se retrouve fait en général partie du groupe majoritaire, elle vous juge sur ses propres valeurs culturelles et ses modèles de comportement. Ainsi, elle met souvent l’accent sur des valeurs subjectives comme les manières, l’attitude, les gestes, la personnalité. Pourtant se présenter différemment ne signifie pas que l’on n’a pas les compétences suffisantes pour le travail.

- Les différences culturelles une fois de plus se manifestent ici.

Parce que comme vous le savez les caractéristiques culturelles et les comportements dont nous faisons preuve au cours d’une entrevue peuvent être différents de ceux à quoi la personne qui conduit l'entretien s'attend et ils sont parfois très mal interprétés.

Par exemple: Notre culture ne nous permet pas de “ nous vanter “ de nos réalisations ou de regarder quelqu’un droit dans les yeux au risque de paraître grossier ou impoli on pense immédiatement que nous manquons d’assurance. On se voit refuser le poste pourtant on a peut-être les capacités professionnelles requises. Cette manière d'opérer favorise le même groupe pourtant le Canada se veut un pays d'accueil. Les employeurs doivent être sensibilisés sur ces attitudes discriminatoires et frustrantes.

Le manque d’expérience canadienne

Partout où on se présente pour une entrevue de travail les employeurs veulent voir que l'on a une expérience jusqu'ici ça semble de bonne guerre mais là où le bas blesse c'est que cette expérience doit absolument être canadienne sinon elle ne vaut rien. On se retrouve avec un diplôme obtenu en bonne et due forme et une expérience de plusieurs années acquise hors du Canada entrain de mendier pour n'importe quel poste de travail juste pour obtenir cette fameuse expérience canadienne. Tout ceci juste parce que personne ne veut nous donner l'opportunité de montrer ce qu'on sait faire. On se voit refuser un emploi parce que l’employeur opère une sélection basée sur l’expérience canadienne alors que pour la plupart des emplois offerts dans les bureaux ou les usines par exemple il n’est pas nécessaire d’avoir une expérience canadienne. Des études montrent que les gens qui ont travaillé dans un environnement industriel, dans certains pays se sont facilement adaptés au même type de travail dans un environnement analogue.

Solution: Les employeurs doivent faire preuve de moins de zèle dans leur exigence de l’expérience canadienne avant d’embaucher du personnel et avoir une peu de respect pour l’expérience acquise en pays étranger.
"Toutes ces difficultés ne risquent-elles pas de faire de ce pays un vrai passeport pour la pauvreté et les petits boulots?’’

+ Les organismes d'aide à ces femmes doivent effectivement leur venir en aide au lieu de se contenter de les accueillir, prendre leurs coordonnées et les abandonner à elles-mêmes. On a l'impression parfois qu'ils sont là juste pour prendre des noms et des adresses question de justifier les financements reçus du gouvernement.

+La bonne connaissance de la culture de l'autre peut favoriser dans une société la communication, la compréhension et le rapprochement mutuel.